Le français, langue morte au lycée Colbert

Les parents du lycée Colbert, dans le 10e arrondissement de Paris, se demandent bien quelle moyenne en français sera inscrite sur le bulletin de notes du 2e trimestre de leur enfant. Pour cause de professeur absent non remplacé, quatre classes – trois 2de et une 1re – n’ont pas cours dans cette matière depuis octobre 2014. Cinq mois d’interruption de programme.

Pour les élèves concernés, cela ne fait aucun doute : le retard qu’ils ont accumulé dans leur scolarité risque d’être irrattrapable. Sans parler des effets psychologiques que mettent en avant leurs parents : perte de repères, démotivation… « On les laisse à l’abandon, déplore une mère d’élève. Ma fille est démotivée, découragée par son retard et le fait qu’on s’en soucie si peu. »

Les premières semaines, les parents étaient portés à une certaine indulgence, qui a laissé place à une franche exaspération. « Nous avons montré beaucoup de retenue, mais à présent nous sommes en colère », témoigne la mère d’élève, qui se dit « scandalisée » par ce « dysfonctionnement inadmissible » de l’éducation nationale.

Récemment, les parents sont passés à l’acte. Ils ont alerté tous les échelons de l’éducation nationale, les élus locaux et la presse, menacé de saisir la justice pour demander des réparations. Mercredi 11 mars au matin, ils ont inondé la boîte mail du rectorat de Paris du même courriel : « Nous, parents des élèves du lycée Colbert, exigeons que des mesures d’urgence soient mises en œuvre pour que le remplacement du professeur soit assuré de manière pérenne dans le plus bref délai. »

Des parents proposent leurs services

Le rectorat dit avoir fait son possible pour trouver une solution. « Dans un premier temps, il préconisait un remplacement en interne, comme cela se fait dans le cadre d’une absence de courte durée », raconte Wahid Lamamra, le président de la FCPE du lycée. « Compte tenu de la disponibilité des autres professeurs, il n’a été possible pour eux que d’assurer des cours par-ci par-là à la classe de 1re, qui passe le bac de français à la fin de l’année. »

Jusqu’en décembre 2014, le professeur de français arrêté est revenu au lycée de manière très sporadique. Un remplaçant a bien été nommé à l’automne, mais selon la FCPE locale, il n’a jamais assuré de cours. Lui aussi aurait été arrêté. Récemment, des parents avaient proposé leurs services. Finalement, inquiet des proportions que prenait l’affaire, le rectorat a miraculeusement trouvé une solution, jeudi 12 mars dans la soirée : deux enseignants seront chargés des quatre classes « dès lundi [16 mars] ». Et des « rattrapages » seront mis en place.

On croyait l’académie de Paris l’une des plus favorisées de toutes. Mais elle n’échappe pas au problème récurrent du non-remplacement des professeurs absents. En cause, un vivier de remplaçants « asséché » par les années de disette qu’a connues l’éducation nationale entre 2007 et 2012. « Il reste quelque 800 professeurs titulaires remplaçants à Paris pour le second degré, contre plus de 2 000 avant 2007 », comptabilise Thierry Ananou, secrétaire académique du syndicat SNES-FSU Paris.

Les remplaçants sont donc peu nombreux, et souvent directement affectés sur des postes vacants dès la rentrée. Pour répondre aux besoins durant l’année, le rectorat doit donc faire appel à des contractuels, qui ne se bousculent pas, surtout dans les établissements les moins favorisés de la capitale. D’autant que Paris offre d’autres opportunités en termes de petits boulots, parfois plus attractifs financièrement.

Aurélie Collas

Journaliste au Monde

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