Au nom de la diversité commerciale, Lettre ouverte à Rémi Féraud (Erika Abrams de « Stop Monop »)

Bichat 9L’association Stop Monop publie une lettre ouverte au Maire Remi Feraud sur le nouvel immeuble à l’angle  des  rues du Faubourg du Temple et Bichat

La photo est de Marie Laure  Simon et n’a rien à voir avec le texte publié sauf qu’elle concerne le même immeuble.

Lettre ouverte à Rémi Féraud

Que l’appel à candidatures visant à « retenir, pour la commercialisation des cinq locaux » de l’immeuble de Paris Habitat à l’angle des rues du Faubourg du Temple et Bichat, « des activités présentant un intérêt direct pour les habitants du quartier, viables économiquement, et illustrant la recherche d’une économie responsable » ait été déclarée close le 15 juillet, comme indiqué sur le site de Paris Habitat, ou que la clôture ait été repoussée au 24, comme indiqué sur le site de la Mairie du 10e, force nous est de reconnaître l’échec de nos efforts auprès des élus pour obtenir enfin la baisse des loyers seule à même de supprimer la contradiction entre l’intérêt des habitants et la viabilité économique.

Malgré les promesses de Ian Brossat le 20 avril, nous n’avons eu aucun retour de sa part.

La période estivale se prête mal à un appel à la remobilisation, alors que nous attendons toujours des nouvelles des résultats de l’appel à candidatures.

En ce jour qui a vu le démontage de l’une des deux grues du chantier, une des membres actives du collectif, ne pouvant se résoudre au silence, a néanmoins adressé une lettre à Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement, membre du bureau national du PS et président du groupe socialiste au Conseil de Paris :

  Paris, le 19 juillet 2015

Monsieur le Maire,

Je vous écris aujourd’hui, quatre jours après la clôture de l’appel à candidatures pour les cinq locaux d’activités/surfaces commerciales en pied de l’immeuble Paris-Habitat de l’angle Bichat-Temple, pour à nouveau faire remonter les inquiétudes que je perçois autour de moi dans le quartier, chez les habitants et les commerçants.

Coïncidence : au lendemain de la clôture de l’appel, la dernière boulangerie artisanale subsistant dans le secteur de la rue du Faubourg du Temple entre le canal et l’avenue Parmentier (au 44) a mis les clefs sous la porte. Avec la fermeture, il y a quelques mois déjà, de la marchande de couleurs du 49, ce sont quelques-uns des derniers vestiges de l’ancienne « rue marché » (statut pourtant maintenu dans la modification en cours du PLU) qui disparaissent.

C’est dire l’importance du nouvel immeuble dans la perspective d’une redynamisation commerciale qui respecte en même temps le caractère encore populaire du quartier.

Sans écho officiel des réponses suscitées par l’appel à candidatures, le collectif Stopmonop a pourtant été contacté par trois porteurs de projets répondant aux besoins ciblés. Tous soulignent l’incompatibilité de la fourchette de loyers affichée par le bailleur avec la viabilité de leurs activités. Et si une baisse des loyers pour un ou deux projets d’intérêt général entraîne, comme Philippe Rozier l’a donné à entendre à la réunion publique du 13 avril, une hausse supplémentaire sur les autres locaux, dans une rue quasi sinistrée, c’est tout le quartier qui aura à en souffrir, soit que les locaux restent vides, soit que l’installation de commerces élitistes, sans rapport avec les besoins et les attentes des habitants, détermine une nouvelle hausse des loyers dans l’immobilier privé.

Ce n’est pas un tel résultat que visait la mobilisation des habitants contre le DailyMonop’ initialement prévu.

Ian Bossat, qui a reçu le 20 avril des représentants du collectif et de deux conseils de quartier du 10e, a dit comprendre nos préoccupations, et Dante Bassino nous a assuré qu’il serait effectivement intervenu à plusieurs reprises auprès de Paris Habitat – sans succès.

En mai 2013, vous-même vous disiez d’accord avec nous que « le prix des commerces pour boucler le montage financier n’est plus la bonne façon d’aborder les choses ». Vous nous avez alors donné implicitement rendez-vous pour après les municipales pour agir auprès d’Anne Hidalgo.

Nous attendons toujours. Ne pourriez-vous utiliser aujourd’hui votre influence politique pour débloquer la situation ?

Nous comprenons que les 90 logements sociaux et un équipement comme la crèche qui fait aussi partie du projet ont un coût non négligeable. Sans posséder tous les éléments du montage financier (pourquoi le prix estimé du chantier a-t-il augmenté de 50 % entre l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique en 2006 et la délibération du Conseil de Paris en 2010 ? pourquoi le loyer annuel des commerces a-t-il alors été fixé à 494 euros/m² utile, contre 190 euros/m² pour les projets de la SIEMP au 179 rue Saint-Maur et au 24 avenue Claude Vellefaux/1-3 rue Jean-et-Marie Moinon ?), un jeune architecte membre du collectif a réalisé une étude basée sur les chiffres disponibles au public. Il en ressort qu’une baisse de 50 % des loyers des cinq locaux repousserait de moins de dix ans le seuil de rentabilité du projet dans son ensemble. N’y aurait-il pas là une marge qui permettrait, maintenant encore, de parvenir à un compromis acceptable pour tout le monde ?

En espérant que ce courrier vous parviendra malgré la trêve estivale, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l‘expression de mes salutations distinguées.

Erika Abrams
8 rue Bichat
75010 Paris