Le vrai, le seul, l’authentique Fort Chabrol, c’est Rue de Chabrol de sinistre mémoire

Fortchabrol

C’est le  51 rue de Chabrol qui a donné son nom à la formule « Fort Chabrol ».  Quand ? Le 12  août 1899.  Le 51 de la Rue Chabrol était le siège du « Grand Occident de France » qui, coalisait tout ce que  les ligues d’extrême droite   collectionnaient  de plus virulent, de plus anti républicain, de plus en plus anti franc-maçon et  de plus en plus antisémite.

Accusés de « complot contre la sureté de l’État » après une préparation de ce qui ressemblait fort  à un coup d’Etat , les principaux chefs et cadres de ces mouvements  (67 au total) sont arrêtés à commencer par Paul Déroulède, les dirigeants de la « Ligue des Patriotes » et des « Jeunes Royalistes ».

En revanche,  Jules Guérin, Dr du Journal  » L’Antijuif » et leader de la « Ligue Antisémite, se retranche au 51 rue de Chabrol au Siége de son mouvement ; « Pas question de nous rendre. Nous avons des cartouches et des armes. S’il le faut, nous ferons sauter l’immeuble ».

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Cernés par les gardes républicains, les assiégés n’ont pas longtemps manqué de vivre : à partir d’un appartement loué pour la circonstance par des sympathisants, au 114 rue La Fayette, des ballots de nourriture furent acheminés ou lancés par les toits.

La situation se tend lorsque de violentes bagarres éclatent le 20 août autour de la rue de Chabrol entre militants d’extrême droite et révolutionnaires d’extrême gauche. Refoulés vers la rue Saint Maur , les anarchistes en profitent au passage pour saccager l’Église  St Joseph  ( St Joseph des Nations de la rue St Maur dans le 11e)

C’est seulement le 20 Septembre que les insurgés se rendent.

La suite est rapide comme le rappelle l’article consacré au sujet sur le site du Sénat :

Le 4 septembre 1899, un décret du président de la République avait constitué   420px-Saintjoseph

le Sénat en Haute Cour de justice pour juger ces hommes. La première réunion de cette juridiction spéciale se tient au Palais du Luxembourg le 18 septembre. Une commission composée de 9 sénateurs est désignée pour procéder à l’instruction de l’affaire.

Rapidement, cette commission constate le néant des charges retenues et décide de relâcher 45 personnes. Après les interrogatoires des prévenus, 5 autres inculpés sont mis hors de cause. En fin de compte, seules 17 personnes, sur les 67 arrêtées au départ, sont renvoyées devant la Haute Cour : on y trouve 9 royalistes (dont Buffet et Lur-Saluces, jugé par contumace), 4 membres de la Ligue des patriotes (dont Déroulède et Habert, jugé par contumace) et 4 antisémites (dont Guérin).

Le procès des 17 accusés débute le 9 novembre 1899. Les débats, présidés par Armand Fallières, président du Sénat, sont publics. Au cours des 46 audiences consacrées à l’examen de l’affaire, l’ambiance est houleuse et ponctuée d’incidents. A l’issue des débats, le 4 janvier 1900, l’arrêt définitif est rendu : Déroulède et Buffet sont condamnés à 10 ans de bannissement, Guérin à 10 ans de détention, alors que tous les autres accusés sont acquittés. Quant à Marcel Habert et au comte de Lur-Saluces, constitués prisonniers par la suite, ils sont frappés chacun d’une peine de 5 ans de bannissement. »

Lire aussi les excellents  articles de Jeannine Christophe dans Histoire & Vies du X° et dans la « Gazette du Canal »