De l’Hôtel du Nord à la Bouffe du Nord (Les Echos)

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« Atmosphère ? Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Légendaire, la réplique d’une Arletty gouailleuse et triomphante flotte toujours au-dessus des écluses du canal Saint-Martin. Un peu plus loin, la façade défraîchie de l’Hôtel du Nord a, elle aussi, résisté au temps. Le nom de l’établissement, découpé en mosaïque bleue, continue même d’attirer bon nombre de touristes.

Retour sur l’envers d’un décor de cinéma au succès planétaire. En 1931, la bâtisse du 102, quai de Jemmapes s’étale sur trois étages et compte une quarantaine de petites chambres. On y loue à la semaine. Ouvriers, chômeurs, vagabonds, mariniers…

L’auberge est malfamée, et cette atmosphère de coupe-gorge inspire la plume du fils des propriétaires, Eugène Dabit. Il écrit « L’Hôtel du Nord », sacré la même année lauréat du prix du Roman populiste. Le socle du scénario de Marcel Carné est posé. Celui qui rêve alors de « faire descendre le cinéma dans la rue » commence à tourner ses premières images, dans un studio de Billancourt.

« Il aurait aimé filmer le décor naturel, mais les contraintes techniques de l’époque étaient trop lourdes », souligne Philippe Morisson, spécialiste de Marcel Carné. Qu’importe, le décorateur Alexandre Trauner reproduit les abords de la gargote avec un réalisme si foudroyant que le spectateur s’y méprend. Un mythe est né.

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Dans ce Paris de carte postale, le destin de deux couples s’enlace et se déchire au bord du canal. D’un côté, deux amoureux transis aux tendances suicidaires. Des premiers rôles à fleur de peau incarnés avec brio par Annabella et Jean-Pierre Aumont. De l’autre, un couple truculent et dépareillé, une « fille » et son proxénète. Six mois après « Le Quai des brumes », le succès du film est immense. Pour le jeune cinéaste, c’est la consécration. Et pour l’hôtel, le début d’une notoriété légendaire.

A la fin des années 1980, le bâtiment se dégrade. On veut le démolir pour y construire des logements neufs. Associations, artistes et riverains se rassemblent sous la bannière d’Alain Lhostis, conseiller communiste du Xe arrondissement. « La mobilisation s’est soldée par un échec.

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La préservation de la façade est une mesure illusoire : le reste a été divisé en appartements de particuliers », regrette Alain Lhostis. « Nous avions proposé à la Mairie de faire de l’Hôtel du Nord un lieu du jeune cinéma… Mais elle a refusé. »  /…/

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