Le mystérieux 145 rue La Fayette et Umberto Eco ( MCALP)

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C’est le genre d’immeuble d’un certain âge en pierre de taille devant lequel on peut passer tous les jours sans rien remarquer d’étrange. Peut-être même certains d’entre vous sont passés devant le 145 rue la Fayette sans constater quelque chose d’inhabituel. Et pourtant… Cet immeuble est factice !

On disait donc : un immeuble assez commun. Avec une porte, un garage, des fenêtres, des balcons. Diantre, qu’il parait normal. Mais à y regarder plus attentivement, il est quand même particulièrement crapoteux. La façade ? Manifestement pas entretenue. Le garage ? Un mobilier urbain et des places de parking devant. L’entrée ? Pas de digicode, d’interphone ou de nom, mais une grille d’aération. Les portes ? Pas de poignée ! Les fenêtres ? Opaques de saleté, et donnant sur des grilles au lieu de plafonds et sur un mur noir et lisse au lieu de pièces ! Bref, cet immeuble est un faux.

J’aimerais vous révéler l’adresse du MIB français. Malheureusement, cet immeuble est la propriété d’une autre organisation un chouïa moins fantasque : la RATP. D’ailleurs, Umberto Eco en parlait déjà dans le Pendule de Foucault en 1988.

– N’avez-vous jamais été au numéro 145 de la rue Lafayette?
 —- J’avoue que non.
 —- Un peu hors de portée, entre la gare de l’Est et la gare du Nord. Un édifice d’abord indiscernable. Seulement si vous l’observez mieux, vous vous rendez compte que les portes semblent en bois mais sont en fer peint, et que les fenêtres donnent sur des pièces inhabitées depuis des siècles. Jamais une lumière. Mais les gens passent et ne savent pas.
– Ne savent pas quoi?
– Que c’est une fausse maison. C’est une façade, une enveloppe sans toit, sans rien à l’intérieur. Vide. Ce n’est que l’orifice d’une cheminée. Elle sert à l’aération ou à évacuer les émanations du RER. Et quand vous le comprenez, vous avez l’impression d’être devant la gueule des Enfers; et que seulement si vous pouviez pénétrer dans ces murs, vous auriez accès au Paris souterrain. Il m’est arrivé de passer des heures et des heures devant ces portes qui masquent la porte des portes, la station de départ pour le voyage au centre de la terre. Pourquoi croyez-vous qu’ils ont fait ça?
– — Pour aérer le métro, vous avez dit.
– — Les bouches d’aération suffisaient. Non, c’est devant ces souterrains que je commence à avoir des soupçons. Me comprenez-vous?

Il s’agit donc d’une vulgaire cheminée d’aération pour le RER. Bien curieux stratagème pour la cacher, mais on peut comprendre qu’une cheminée géante eut un peu détonné dans ce cadre.

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