Respirez un bon coup et découvrez la « voierie de Montfaucon » (Plateau Hassard Le Blog)

 En 1745 la voirie est sur le territoire de la Villette et le gibet symbolique existe toujours. En bas l’hôpital Saint Louis. A gauche la rue verticale est dans la moitié inférieure le faubourg St Martin et ensuite, en quittant Paris, l'avenue de Flandres

En 1745 la voirie est sur le territoire de la Villette et le gibet symbolique existe toujours. En bas l’hôpital Saint Louis. A gauche la rue verticale est dans la moitié inférieure le faubourg St Martin et ensuite, en quittant Paris, l’avenue de Flandres

Durant plus de cent ans la voirie de Montfaucon a reçu les vidanges de toutes les fosses de la capitale ; ce n’est donc pas un sujet très romantique. J’ai choisi de citer les textes d’époque qui décrivent avec détachement cet enfer où survivaient des hommes et des femmes.
Ne croyez pas que tout cela appartient au passé : Montfaucon nous rappelle des problèmes actuels de la grande partie pauvre de notre planète.

La voirie vers 1810. Le plan représente l’agrandissement de la partie encadrée de rouge du plan de 1745 La rue en diagonale est la rue de Meaux , elle forme la limite entre la Villette et le village de Belleville Paris (la place du colonel Fabien) est en bas à gauche. Les carrières sont à droite de l’image

Le « vrai » gibet de Montfaucon se situait place du colonel Fabien.

Il fut détruit en 1760 et reconstruit, comme simple symbole sous le nom de voirie de Montfaucon près de l’actuel marché Secretan sur le territoire de la Villette, à la limite de Belleville .

Aucune exécution n’y était pratiquée mais les corps de suppliciés d’autres lieux de la capitale, comme ceux de la place de Grève, y étaient inhumés.
Dés le début du XVIIIeme siécle on apporte dans les carrières abandonnées du bas des Buttes Chaumont les immondices de la capitale
Après la révolution on abat les piliers du gibet mais  la voirie s’agrandit : plus de 10 hectares sur le territoire de Belleville car c’est là que les vidangeurs de Paris apportent le produit de leur labeur.

Il n’est personne qui ne connaisse ces lourdes et bruyantes voitures descendant, vers dix heures du soir, par les rues Lafayette, du Faubourg-Saint-Denis et du Faubourg-Saint-Martin, principalement, et se disséminant, isolément ou par groupes dans la ville, pour aller recueillir, par divers procédés, le contenu des foyers. particuliers d’infection,dont on n’est pas encore parvenu à débarrasser nos maisons.(2)

Paris eut de nombreuses « voiries d’immondices » (des décharges), mais Montfaucon sera durant un siècle sa seule « voirie de matières fécales »

Avec le produit des vidanges on fabrique un engrais très connu: la poudrette de Montfaucon.

Pour faire la poudrette, on construit des bassins peu profonds en pierre ou en argile, on les dispose en étages, de manière à ce qu’ils puissent s’écouler les uns dans les autres. Le produit des fosses étant déposé dans les bassins supérieurs on fait écouler la partie liquide dans ce qui est immédiatement inférieur, aussitôt que les matières solides se sont déposées; on opère de même pour le second bassin, dont les liquides se versent plus tard dans le troisième, et ainsi de suite. Les dernières eaux se perdent dans des égouts (*). C’est par ce procédé que l’on finit par n’avoir dans chaque bassin que des matières pâteuses que l’on extrait avec des dragues, pour les placer sur un terrain en dos d’âne, où, à mesure qu’elles se sèchent, on les retourne à la pelle. (4)

(*) Il y avait six bassins de décantation étagés  s’étendant sur 3 ha 1/2 depuis la patte d’oie ( rue Manin)   jusqu’à la Petite-Villette ( avenue Jean-Jaurès) et recevant le contenu des 500 000 tinettes parisiennes. Il n’y a pas d’égout souterrain  à Montfaucon. Durant une longue période le liquide va ou il peut:  « Les liquides fétides filtraient et allaient infecter une partie des puits et même des caves du Faubourg du Temple »(13). Après la construction du canal de l’Ourq il est dirigé sur   le « grand égout » , résultant de la transformation du ruisseau de Ménilmontant.

Après  1830 s’installe en outre une usine de fabrication d’ammoniaque

Un chimiste habile, M. Jacquemard, a fait construire sur l’emplacement même de la voirie une usine destinée à l’exploitation du sulfate d’ammoniaque. Le réactif dont il se sert pour fixer l’alcali volatil est la chaux, qu’il mêle dans les eaux vannes ; l’ammoniaque se dégage, et il est reçu dans de l’eau chargée d’acide sulfurique.(6)

On note en outre la vente de cadavres de chiens et chats errants » pour les physiologistes » (mais en fait pour servir de civet), les  vinaigriers qui font brûler leurs « cendres graveleuses »  et les fabricants de couleur qui « faisaient cuire, torréfier et sécher au soleil du sang de boeuf dont ils tiraient le bleu de prusse » (1) ainsi que la résidence habituelle des chiffonniers de la capitale qui vont avec leurs crocs fouiller dans les tas d’immondices que chacun dépose à sa porte.

Les carrières des Buttes Chaumont employaient une quantité
considérable de chevaux … qui avaient une triste fin

/…/

L’excellent article complet ICI