XIX°/ Les déboires de la « Maison des réfugiés » (Libération)

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Ils sont plus d’un millier de migrants à vivre entre les abords de la gare d’Austerlitz ou de la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris et un lycée désaffecté du XIXe, dans une grande précarité. D’ici à la fin de semaine, la moitié de ces demandeurs d’asile potentiels devraient être relogés.

Trois mois et demi après l’évacuation du squat du métro La Chapelle, dont la préparation insuffisante avait suscité la polémique, la mairie de Paris s’apprête à mener une nouvelle opération de «mise à l’abri». Objectif : proposer un hébergement temporaire à quelque 600 personnes. L’évacuation devrait se dérouler ce jeudi ou vendredi, conformément au souhait d’Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, en deux endroits : près de la gare d’Austerlitz et devant la mairie du XVIIIe arrondissement.

En revanche, rien n’est prévu pour les occupants du lycée Jean-Quarré (ancien Lycée Hôtelier proche de la Place des fêtes.NDLR) , reconverti en maison des réfugiés autogérée depuis fin juillet. Or, dans ce bâtiment de quatre étages ouverts sur une cour, la situation est inquiétante, entre des conditions sanitaires déplorables, les rixes récurrentes et l’irruption de réseaux mafieux. «Quand les réfugiés étaient à la rue, les bus venaient pour les reloger. Maintenant qu’ils sont enkystés dans ce lieu, ils sont invisibles», déplore Géraldine (1), une ancienne du mouvement.

L’hygiène est une des premières préoccupations. Seules trois toilettes sont en état de marche, les autres sont bouchées. Les odeurs d’urine et d’humidité s’ajoutent aux déchets qui s’amoncellent. «Il y a de gros problèmes de santé : des diarrhées, des problèmes oculaires, la gale», énumère Eduardo, un riverain très investi dans la vie sur place. Certains occupants en prennent leur parti, comme Ali, un Soudanais : «La vie est dure ici, mais c’est mieux que la rue, au moins on a une maison.» D’autres y trouvent le quotidien si difficile qu’ils ont décidé de retourner à la rue. Comme Aamba, un Afghan de 21 ans, qui a rejoint le campement improvisé devant la mairie du XVIIIe. «Au lycée, c’est trop dur, glisse-t-il. Il y a des bagarres la nuit, des vols.»

Géraldine le reconnaît : «Bien sûr qu’il y a de la violence. Vous avez des centaines de gars, pas de règlement intérieur, certains ont passé du temps en centre de rétention, d’autres sont alcooliques, ils n’ont bouffé qu’une fois dans la journée… Ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas de violence.» Une situation dont ils sont nombreux à souffrir et qu’ils dénoncent massivement. «Il y a trop de monde ici, estime Khalid, un Soudanais de 22 ans. On vient de différentes cultures, on ne se comprend pas toujours. Il y a des disputes à propos de la cuisine, certains prennent des couteaux. Un Afghan s’est retrouvé à l’hôpital à cause d’une arcade ouverte. Ça manque de sécurité.»

Depuis le mois d’août, les effectifs ont gonflé. La journée, les migrants, pour beaucoup des Afghans, des Soudanais et des Maghrébins, sont environ 500 sur place, un peu moins la nuit. Un nombre trop important, qui rend délicate une vie collective apaisée. Même si, grâce aux dons, les stocks ne manquent pas, la nourriture reste un sujet de crispation. Difficile, avec deux bouteilles de gaz, de faire à manger pour plusieurs centaines de personnes. Résultat, certains occupants ont faim, ce qui, immanquablement, attise les tensions. «Ça dérape pour un rien, pour un morceau de pain», souffle un soutien. «C’est très facile de s’énerver pour n’importe quoi et de se battre», admet Bilal, un Soudanais. Le commissariat du XIXe arrondissement a été averti de ces dérives.

En réalité, le collectif «La Chapelle en lutte», qui avait organisé l’occupation des lieux, ne maîtrise plus grand-chose.

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