L’insouciance perdue des bobos du canal – Madeleine Cavet dans Libé

Bertrand Guay – AFP

Faut pas se tromper, hein, il n’y a pas de gloire à la boucherie. Nous n’étions pas les seuls visés, et heureusement, le Stade de France a eu de la chance, beaucoup de chance. Mais cette fois c’était pour nous. Les bobos du canal.

On n’est sans voix. Nos quartiers, c’est l’inverse de la guerre. C’est beau, le canal, c’est vivant. Il y a des lycéens qui boivent du mauvais rosé assis par terre, il y a des boutiques de fringues et des cavistes bios. Des salles de spectacle. L’hôpital Saint-Louis qui sert de square pour les enfants. Il y a aussi République et les petites bougies de Charlie, l’histoire ouvrière de la ville au-dessus du canal, la Grange-aux-Belles, Goncourt, des restes d’architecture industrielle, et le souvenir de la Commune. Aujourd’hui, des magasins de bricolage, des kebabs et des tongs à deux euros. Il n’y a ni Zara, ni H&M. Des cafés et des restos partout. On emmène les enfants en terrasse.

Il y a du monde. Des gentils qui ne feraient pas de mal à une mouche. Z’ont même pas fait le service militaire, se sont pas battus depuis le collège. Ils élèvent la voix quand ils s’engueulent dans les dîners, mais bon.

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Madeleine Cavet est médecin radiologue. Elle tient un blog sur la langue française qui s’adresse aux anglophones. Elle habite les Xe et XIe arrondissements depuis plus de dix ans.