Il était une fois le Brady de Mocky ( Le Parisien)

 

 

 

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On ne remerciera jamais assez Jacques Thorens d’avoir pris des notes pendant les trois années, de 2000 à 2003, où il officiait comme projectionniste au Brady (Xe). De ces précieux carnets, il a tiré un livre drôle et fourmillant d’anecdotes*./…/

Au fil des pages, l’auteur, aujourd’hui âgé de 42 ans, dresse une galerie de portraits saisissants des clients de ce cinéma de quartier, connu à l’époque pour sa programmation de fantastique, gore, kung-fu… « Un défilé de patibulaires, des clochards, quelques chômeurs fatigués, un SDF chinois qui boite, des fêlés, de vieux homosexuels maghrébins et prolétaires, un exhibitionniste, deux jeunes prostitués algériens… », énumère Jacques Thorens.

Les habitués ne viennent pas pour voir le film. « Ce qu’ils veulent, c’est se coucher et dormir. A 35 francs (5,70 €) la journée pour trois films, les clochards ne marchandent pas, ils savent que nous sommes l’hôtel le moins cher de Paris », observe-t-il.

Et puis il y a les amateurs de brèves rencontres qui se déboutonnent dans leur fauteuil, voire se dévêtissent complètement. Tel cet exhibitionniste répondant au caissier qui lui demande de se rhabiller : « J’ai trop chaud… J’aime bien être à l’aise… J’ai payé mon billet, c’est quoi le problème ? » Expulsé manu militari, l’individu se retrouva sur le trottoir en tenue d’Adam !

« La plupart des spectateurs étant de sexe masculin, la présence des femmes en devenait problématique. Le Brady était devenu malgré lui un club de rencontres de l’homosexualité masculine, maghrébine et principalement du troisième âge », constate l’auteur qui travaille comme « projectionniste-homme à tout faire » dans un autre cinéma d’art et essai.

Si le Brady a toujours pignon sur rue, boulevard de Strasbourg, malgré sa façade Art déco fort décatie, l’ambiance a bien changé. Revendu en 2011 par le cinéaste Jean-Pierre Mocky qui l’avait acheté en 1994, ce cinéma mythique doté de deux salles accueille une clientèle de quartier avec des cycles Bollywood, des films turcs… Il fêtera ses 60 ans l’an prochain.

* « Le Brady, cinéma des damnés », de Jacques Thorens, chez Gallimard, 368 pages, 21 €.