Camp de réfugiés de la Place Raoul Follereau : l’appel d’un résident

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Chaque nuit, sous les arcades de la Place Raoul Follereau, une centaine de migrants dorment à même le sol.

Voir aussi  le Post plus récent intitulé  » Place Raoul Follereau : ce que demande le Conseil de Quartier »

Une quarantaine d’hommes ne dépassant pas la trentaine d’années, a priori Afghans pour la plupart d’entre eux, font la queue derrière un stand improvisé. Ils attendent de recevoir des rations alimentaires, emballées dans des sachets plastiques, et distribuées par quelques personnes non identifiables.

Les premiers servis sont déjà installés et entament leur repas autour de la fontaine ou sous les arcades qui ceinturent la place où ils ont installé leur bivouac. Les discussions s’animent et s’amplifient pendant que les déchets s’accumulent…

Le spectacle des distributions de nourriture et de vêtements aux migrants est de plus en plus fréquent sur la place Raoul Follereau.

Samedi 14 novembre, le lendemain des attentats qui ont notamment ensanglanté l’autre rive du Canal, deux distributions ont été organisées dans le même après midi.
Depuis plusieurs années des associations telles que les « Restos du cœur » organisent leur rassemblement à l’entrée de l’avenue de Verdun, à côté de la gare de l’Est et du Couvent des Récollets. Un lieu vraisemblablement choisi pour limiter les nuisances. Mais cette situation est en train de changer.
Je suis allé discuter avec ces associations présentent sur la place pour essayer d’en savoir plus.

Mardi 17 novembre vers 8 heures, 3 émissaires de l’association d’Emmaüs m’ont précisé qu’ils interviewaient les migrants pour connaître leur situation personnelle et leur destination.

La personne avec laquelle j’ai échangé m’a expliqué que le Kiosque Emmaus-France-Terre d’Asile (FTA) de la rue du Faubourg Saint-Martin est actuellement submergé par plus de 250 demandes en attentes depuis plusieurs mois.

En revanche, il m’a affirmé que le Kiosque FTA-Emmaüs n’est pas à l’origine ni même au courant des distributions qui ont lieu sur la place. Il a d’ailleurs convenu que le l’endroit est plutôt mal choisi.

Je suis donc allé à la rencontre des personnes à l’initiative de la distribution de mercredi 18 novembre vers 22 heures.

A la différence des Restos du Cœur, de FTA ou d’Emmaüs, Il s’agit cette fois d’initiatives individuelles ou de groupements bénévoles, de collectifs comme ils se nomment eux-mêmes, qui se relaient et organisent des distributions sur la place parce que c’est là que sont installés les réfugiés.

Mes propositions de relocaliser ces distributions à l’entrée de l’avenue de Verdun afin d’éviter d’ajouter à la la situation des habitants ont été accueillies avec politesse.

Elles ne semblaient cependant pas peser lourd au regard de l’enjeu que représente l’hébergement des personnes pour lesquelles ces groupements militent.

Certains aguerris m’ont expliqué être habitués à intervenir dans ce type de « camps ». Ils donnaient même l’impression de souhaiter voir le mouvement s’intensifier encore pour attirer l’attention des autorités.

Le 1er décembre, 8h30, la place est occupée par plus d’une centaine de réfugiés en train de replier leur lit de fortune sous l’œil vigilant de 6 policiers.

« Que voulez-vous que nous fassions à 6, si une émeute éclate ? » m’explique l’un d’entre eux.

Il devient de plus en plus évident que, d’abri provisoire, la place Raoul Follereau est en train d’évoluer vers un campement permanent.

Une minijungle en devenir qui ne dit pas son nom mais qui s’auto-alimente notamment de tous les dispositifs d’assistance improvisés qu’elle génère.

La municipalité, comme la police, assurent le service minimum le matin pour déloger les occupants afin de permettre le nettoyage, mais regardent ailleurs dans la journée, le soir et le week-end, l’actualité leur donnant de vraies raisons de le faire.

Face à cette situation les habitants de la résidence sont livrés à eux-mêmes sans aucun autre recours que d’interpeler régulièrement la municipalité puisque la place comme les arcades sont considérées comme une voie publique.
En 2009, après la mort d’un Afghan en avril, à la suite d’une bagarre entre réfugiés, et l’agression d’un agent municipal, les migrants ont été expulsés du parc Villemin par décision municipale.

Le lieu devenait, selon un représentant de FTA un « mini Sangatte ».

Faudra-t-il attendre, 7 ans plus tard, que la situation en arrive à nouveau à un point de non-retour pour appliquer une « solution d’urgence » analogue ?

Philippe, un habitant de la Place

Quelques, rares, liens :

Migrants à Paris (2015)

Rémi Féraud craint le retour des exilés afghans, 2011 ( Le Pairisien)

Les Afghans iront dormir ailleurs ( Libération, 18 août 2009)