La première « Épicerie Culturelle Belge » est née et c’est dans le X° (Guillaume Malaurie)

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« Hip, Hip, Hip, Hourrah ! Claverie revit ! »

Inespéré tant cette légendaire boutique mondialement connue depuis le Second Empire  (1860) jusqu’à l’immédiat après-guerre pour ses gaines et corsets semblait sombrer dans un irréversible coma…

Il s’en est même fallu d’un cheveu pour que 60% de la double boutique du 234 rue du Faubourg Saint-Martin toute pétrie d’acajou, de formes, de fixés sous verre, de panneaux de couleurs, de vitrines amovibles, d’escaliers, de tiroirs ouvragés et qui ouvre tel un triptyque avec au centre le porche donnant sur la cour et l’ex QG de Claverie, finisse tristement son supplice en… Bar à soupes.

Le 10 juin 2015, « Tous les 10° » fut le tout premier media à claironner la résurrection.

Maintenant, c’est sûr : Claverie vient de rouvrir depuis deux jours après des mois de travaux.

Passer la porte, c’est entrer dans un cabinet de curiosité du XIX° siècle ou dans le club privé d’Hercule Poirot, c’est se laisser frôler par le bois ouvragé, c’est emboiter ses pas sur le parquet des petits salons, progresser dans le clair obscur et les couleurs 1900.

« Un passé fortiche »

On savait que Mistinguette, Joséphine Baker, Arletty et des générations d’élégantes, mondaines comme il faut, et demies mondaines comme il en fallait bien alors, y venaient chercher leurs camisoles orthopédiques pour assurer une taille de guêpe.

Je suis prêt à parier que Simenon, natif de Liège mais  qui connaissait bien le quartier,  a au moins fait du lèche-vitrines devant Claverie et sans doute poussé la porte pour offrir un cadeau à l’une de ses innombrables conquêtes.

« Savez vous, confie Charlotte Smoos, la principale conceptrice de la « Renaissance Claverie » avec Bénédicte Baron, que le prestige de la Boutique était tel que la localisation de la station du Métro Louis Blanc  (1910, ouverture de la ligne 7) fut décidée pour desservir au plus proche… la boutique Claverie ? »

Anecdote vraie  ? Pas tout à fait ? On s’en fiche. Plausible en tous cas tant Claverie rayonnait alors  dans le quartier, possédait de dépendances et d’ateliers (rue Louis Blanc) et faisait travailler  des artisans, par exemple dans la  « bonneterie », à  Château Landon.

Il faut savoir  qu’à la veille de la Guerre de 1914, Claverie était une véritable superpuissance commerciale, façon Lancel  ou Hermés  d’aujourd’hui,   à la tête de très nombreuses succursales dont certaines existent toujours. Et ce non seulement en province, mais aussi dans les capitales d’Europe et de l’Empire colonial où son catalogue annuel était attendu avec la plus grande impatience.

 

« Revenons à aujourd’hui »

Exit les gaines Claverie, oubliez les corsets Claverie. Et comme Claverie proposait aussi toute une gamme d’accessoires pour dames, tirez également un trait sur les sex-toys Claverie, sur les lunettes Claverie (du nom du magasin « Optique » de la rue La Fayette)  et sur les prothèses Claverie.

Encore qu’une jambe articulée soit restée fichée prés du comptoir. In memoriam.

Au milieu de chocolats introuvables ailleurs à Paris, de bonbons wallons durs à l’extérieur et fondants dedans (des cuberdons, une fois !), des spéculoos à tomber par terre, des Chocos Le Chat, des bières d’Abbayes évidemment et autres trucs à design années 30 ou 50 qui font saliver… on comprend vite qu’on est ailleurs.

L’ailleurs, ici, c’est un concept zarbi de chez zarbi.

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C’est, tenez vous bien,  l’Épicerie Culturelle Belge.

L’Épicerie quoi ?

Si, si, vous avez bien lu  : « L’EPI-CE-RIE-CUL-TU-RELLE-BEL-GE » .

De son petit nom « La Botike Belge » où l’on est invité à  » grignoter déguster, siroter, apéritiver et offrir » puisqu’on y trouve outre des chocolats et autres produits précieux du plat pays qui changeront selon les saisons et les coups de cœur, des antiquités aussi , une table Vuitton, une poussette, des chaises design sixties, ou des objets Art Nouveau.

Bruxellois, ça va de soi.

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La promenade entre un ketchup belge d’origine et une vinaigrette inimitable de Bruxelles  sous un ciel flamand tourmenté de nuages peint au plafond par Monsieur QQ, artiste belge bien entendu, c’est là et nulle part ailleurs.

« Mais attention, une Épicerie culturelle belge,  ça vaut double.  Ce sont en  fait deux  Botikes Belges  en une seule ! »

D’un côté, l’Épicerie proprement dite présentée plus haut :  la « Botike style XIX° » et sa salle du fond qui sera notamment consacrée aux livres et à la jeunesse.

Et de l’autre,  à droite en entrant, c’est  l’annexe contemporaine à façade bleue marine. C’est  la Botike culturelle où Charlotte annonce qu’elle accueillera des designers, des peintres, des artistes, des romanciers, des chanteurs, des auteurs de BD…  Belges, toujours, ça va de soi.

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Là, on est invité à  » chanter, fabriquer, chiner, jouer… »

Pour l’ouverture, une exposition de François Jacob, de la Galerie Rossi Contemporary de Bruxelles.

Pour les concerts en soirée, vu que c’est pas gigantesque, il faudra s’inscrire d’avance mais rien qu’à l’idée des chocolats à l’entracte, ça devait faire le plein assez vite.

Avec Dick Annegarn ? Adamo ? Stromae ? Grand Jojo ? Annie Cordy ? Tout est possible, chuchote-t-on.

La preuve : en début d’année prochaine   La Botike Claverie n’hésitera pas à  proposer à l’heure du déjeuner des… « Pistolets ».

Des pistolets ???

Ne prononcez surtout pas le mot « sandwich » pour faire vite. Sinon, je vous préviens, Charlotte s’énerve. 

Les pistolets ce sont des pistolets et puis c’est tout. A la limite, dites-le en flamand  : « pistooltje ». Articulez, bon sang :  « pis-tool-tje ».  Voilà, c’est mieux.

Donc les pistolets, alias « pistooltje »,  ce sont   des petits pains bruxellois au lait, ronds, fendus d’un léger sillon, croquants à l’extérieur et moelleux à l’intérieur et fourrés de salades et autres fromages, endives braisées, tomates et crevettes de Zeebruges …

 » Ce fut une véritable galère pour trouver un boulanger à Paris qui accepte de les faire, soupire Charlotte, mais ça y ‘est, on l’a ! »

Et tout ça n’est que la toute  première étape du grand retour en majesté du magique complexe Claverie »

Bientôt, l’entière façade de bois recouverte d’une peinture beigeâtre écaillée retrouvera après restauration sa base d’acajou :  un « subtil acajou pas rouge  !  » insiste Charlotte. Pareil pour les fixés sous verre qui ont subi un gros coup de vieux et seront refaits à neuf.

La grande réhabilitation touchera tout autant la « Botike Belge » que la « Boutique de lingerie fine » de l’autre côté du porche que tient toujours la propriétaire, une descendante par alliance de la grande tribu Claverie, dont Auguste est l’ancêtre.

« Chapeau ! »

Oui, chapeau comme ceux,  melon, de Magritte, le surréaliste du Hainaut, bien en vue dans les vitrines.

Chapeau à la propriétaire Florence et à sa fille Émilie qui ont accepté le risque et ont préféré en juin dernier cette aventure improbable à la valise de billets que lui proposaient sans doute  les marchands de soupe.

Chapeau à Charlotte, la native de Charleroi qui a suivi l’École d’Art de Tournai, puis l’ École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg , puis la prestigieuse École Supérieure des Arts Saint-Luc de Bruxelles. Elle a l’œil aux moindres détails. Et la scénographie, qui est son métier, est exactement comme elle l’évoquait en agitant beaucoup  les mains  avant le chantier.

Avec son physique à  la Karine Viard, Charlotte est une exilée  wallonne du Haut X°. D’abord installée à Jacques Bonsergent, ensuite à Château Landon, et maintenant, avec ses enfants et son mari, à Louis Blanc.

Plus précisément derrière l’Épicerie. Derrière le porche et dans l’immeuble au fond de la cour  où siège l’ex QG de Claverie vendu par appartements voilà dix-sept ans.

Appelez là donc Charlotte C.

C comme Claverie. Elle le mérite bien.

 

Guillaume Malaurie

L’épicerie culturelle belge ou « Botike Belge »
Paris. Métro Louis Blanc. Bus 26 et 54
09 81 15 12 82.    email : lbb@labotikebelge.com
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