Le Marché de la misère atteint Stalingrad (Le Parisien)

 

 

carre-biffins1.pngDès le début de la matinée, des dizaines d’hommes et de femmes, originaires, pour la plupart d’Europe de l’Est, chargés de grands sacs, ou de volumineux baluchons de tissu, s’avancent dans les rues qui mènent au boulevard de la Chapelle (Xe et XVIIIe).

Chaque mercredi et samedi, le scénario est invariablement le même : sur des dizaines de mètres sous le métro aérien, depuis le square de la Chapelle, ils étalent prestement au sol les objets les plus hétéroclites, issus de la récupération : chaussures, vêtements usagés, casseroles, lots de piles, tasses, jouets d’enfants et même parfois des denrées alimentaires.

Un marché de la misère qui a pris une telle ampleur ces derniers mois, qu’il affole les réseaux sociaux animés par des riverains et associations qui dénoncent pêle-mêle occupation de l’espace public, insalubrité et insécurité grandissante. D’autant que l’ambiance est loin d’être bon enfant sur cet espace de vente improvisé.

« J’essaie d’éviter de prendre ce chemin, souligne Jacqueline, riveraine de la rue Marx-Dormoy depuis plus de trente ans. Il y a des pickpockets qui rôdent autour des stands et on se fait interpeller de manière très agressive. Sans parler de l’état lamentable dans laquelle les habitants retrouvent le secteur après le départ des vendeurs…

Des montagnes de vêtements et de sacs jetés. Un dépotoir à ciel ouvert ».

Une situation devenue si préoccupante, que le conseil de quartier Louis-Blanc-Aqueduc s’en est emparé, et a présenté un vœu devant les élus du Xe, demandant au maire, Rémi Féraud (PS), « d’entreprendre des démarches pour empêcher l’installation de ces marchés illégaux, de favoriser le développement des filières de recyclage pour subvenir aux besoins des populations en difficulté et de combattre les réseaux qui profitent de la misère des pauvres ».

Alors que Paris ne compte que cent places officielles pour ces chiffonniers nés de la crise — le Carré des Biffins de la porte Montmartre (XVIIIe) — ils sont quelque 4 000 à écumer les rues de la capitale. Déballant pour un revenu d’une vingtaine d’euros par jour, leur marchandise sur les trottoirs parisiens, portes de Bagnolet, de Vanves, à Belleville ou Ménilmontant.

« Si nous ne pouvons nier le dénuement de ces populations, souligne le conseil de quartier, nous ne pouvons non plus ignorer les agressions perpétrées par des groupes « mafieux », véritables organisateurs de ce marché, qui profitent des démunis pour écouler des marchandises arrivant par véhicules utilitaires entiers, aux antipodes du commerce « de survie » »

.Chassés des abords du métro Barbès par les rondes des effectifs de police déployés dans le cadre de la Zone de sécurité prioritaire (ZSP), les vendeurs semblent bien décidés à investir durablement ce nouveau « spot ».

Rémi Féraud, a assuré qu’il interpellerait à nouveau le procureur de la République et le préfet de police sur le sujet en liaison avec son homologue du XVIIIe arrondissement (PS), Eric Lejoindre.