La fourrure en berne ( Le Monde)

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En redescendant à Paris la rue d’Hauteville, de la rue de Paradis vers les Grands Boulevards, le passant remarquera le petit magasin Hélène Furs grâce aux couleurs pétaradantes de ses manteaux. Voilà déjà trente-quatre ans qu’Helena a quitté sa Grèce natale pour s’installer à Paris. Née d’un père fourreur, dans la région des maîtres de la fabrication de fourrure, Kastoria, son destin était tout tracé.

Pendant plusieurs années, elle a travaillé au sein de grandes maisons, la plupart disparues aujourd’hui, avant de monter son affaire. Une boutique-atelier ici, dans le 10arrondissement, et une autre adresse dans le Sentier pour la vente en gros. Hélène repart souvent en Grèce, pendant la basse saison, pour superviser la fabrication de ses modèles, et même y contribuer de ses mains. Paris, c’est pour l’hiver, d’octobre à mars, la saison des ventes.

Pendant plusieurs années, elle a travaillé au sein de grandes maisons, la plupart disparues aujourd’hui, avant de monter son affaire. Une boutique-atelier ici, dans le 10arrondissement, et une autre adresse dans le Sentier pour la vente en gros. Hélène repart souvent en Grèce, pendant la basse saison, pour superviser la fabrication de ses modèles, et même y contribuer de ses mains. Paris, c’est pour l’hiver, d’octobre à mars, la saison des ventes.

Appuyée sur un rayonnage qui déverse des fourrures rouge écarlate, jaune poussin ou composées de patchworks arlequin difficiles à imaginer hors d’une scène de théâtre, elle raconte la difficulté de la période actuelle, et pas seulement parce que le thermomètre affiche 13 °C le 21 décembre. Cela fait plusieurs années qu’elle ne vend pratiquement plus rien à des particuliers… « A l’approche de Noël, un gilet par-ci, un accessoire par-là, c’est difficile. Surtout depuis les attaques, il n’y a plus personne dans la rue. Il y a vingt ans, il y avait deux à trois fois plus de fourreurs dans cette rue, c’était l’effervescence  ! Puis les gens ont fermé boutique, la production est partie en Chine. Avant, les Grecs étaient les meilleurs fabricants, aujourd’hui, d’autres le font pour moins cher. On essaie donc de survivre tant bien que mal. »

La transformation stylistique opérée chez les grands fourreurs, soucieux de prendre un virage mode pour perpétuer leur activité, n’a pas eu lieu ici. Quand on est seule, et plus manuelle que créative, on ne se bat pas avec les mêmes armes que les mastodontes du bout de la rue, pour se projeter dans l’avenir et anticiper les désirs des femmes. Résignée, derrière un sourire indélébile, Hélène attend la retraite impatiemment  : «  De toute façon, les gens achètent beaucoup moins de fourrure. Je ne sais pas pourquoi  : l’écologie  ? Les actions des activistes pour la sauvegarde des animaux  ? Le manque d’argent  ? Peut-être. Moi, je pense surtout que c’est Internet et la mondialisation qui nous ont anéantis. »

Dans ce quartier du 10e arrondissement, la vingtaine de fabricants encore debout se situent entre les rues d’Hauteville et du Faubourg-Poissonnière. Des boutiques que l’on peut aisément répartir en deux catégories   : celles d’un autre temps, aux enseignes fanées, où gît au milieu d’une vitrine désordonnée un manteau digne d’une méchante de Walt Disney, et celles, animées par une vision rétro de la modernité, qui tentent de reconstituer le vaisseau spatial de 2001, l’Odyssée de l’espace. Les unes comme les autres, désertées.

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