Tous les cinéphiles à Potemkine (Télérama)

 

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Pour ceux qui ne supporteraient plus le Canal Saint-Martin et ses commerces de bouche pour (heureux) bobos, il reste au moins une bonne raison d’y passer ses journées : la boutique Potemkine, antre de l’un des plus dynamiques éditeurs de DVD du moment, haut lieu de la cinéphilie parisienne – et augmentée, depuis peu, d’un coin café où le café, justement, est excellent.

C’est en « guest-star », quatre soirs à la Gaîté-Lyrique, que Potemkine fêtera ses dix ans d’activité. Nils Bouaziz, à l’origine du projet (et aujourd’hui associé à Benoit Dalle et Pierre Denoits pour Potemkine films, distribution et production), se souvient : « La boutique a ouvert le 6 janvier 2006. Bon démarrage, mais il faut reconnaître qu’on a bénéficié de l’engouement pour le quartier. Chaque nouveau commerce avait une presse incroyable  ! »

Le (très) grand Nils – vous ne pourrez pas le rater, il culmine au-dessus de tout le monde – a débuté dans la musique, aux côtés de son frère musicien, Joakim : à la fin des années 1990, les deux essayent de lancer Tigersushi, une plateforme de streaming pour musique « indé ». Ils sont un peu en avance sur les pratiques des maisons de disque et des internautes.

Echec, Tigersushi devient un simple label de musique (puis, aussi, une ligne de vêtements), tandis que Nils bifurque vers le cinéma, remarquant qu’il n’y a pas de lieu indépendant pour le DVD, alors qu’il y a encore des librairies et quelques disquaires. En 2006, le DVD a déjà une petite dizaine d’années, il a été fortement dévalorisé par l’irruption de Cdiscount et des soldeurs. « Ce n’est pas un peu fini, le DVD ? », demandent les banquiers, dubitatifs.

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La boutique (dont le responsable est désormais Xavier de Finance  est riche de 7 000 titres environ, et on y chine le cinéma indépendant défendu par les autres éditeurs, coffrets Frederick Wiseman, Bruno Dumont ou Louis Delluc, ou même, plus rares, les films de Virgil Vernier dans la drôle de pochette « low-fi » imaginée par Shellac. On aime y traquer l’import rarissime – même si, bien sûr, le Net permettrait de tout recevoir chez soi. Plus largement, le lieu serait propice à la vente d’autre objets liés au cinéma – ce qui est déjà un peu le cas avec quelques affiches, des sacs en tissu, etc. « Et pourquoi pas éditer des livres ? Il y a, par exemple, des textes d’Herzog inédits en français… » Autre vieux rêve, que Nils Bouaziz espère faire bouger en 2016, convaincre le réticent Boris Eustache de permettre enfin l’édition des films de son père en DVD. Ce serait effectivement un joli coup…

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