Ces plumes romancières du X°

Magdalena Boudy

« Et vous Dorothée ? » de Magdalena Boudy. Editions Baudelaire.

 

Le X° ne manque décidément pas de plumes fraiches.

On connait celle de Philippe Jaenada qui a failli rafler le Renaudot avec « La Petite Femelle » (Julliard), et aussi celle de Nicolas Bouyssi Prof au Lycée Colbert, qui passe au hachoir les faux nez de l’époque et laboure un sillage bien profond dés son premier roman ( « Le Gris », 2007, P.O.L).

Bouyssi  en remet un sacré coup de pioche avec « S’autodétruire avec les enfants » (2011. P.O.L) et vient d’asséner un dernier coup de pelle à l’urbano-sociologisme dans « Décembre ». Toujours Chez P.O.L.

Dernière venue dans le cercle dixiémiste, Magdalena Boudy, qui vient de publier son premier roman : « Et vous Dorothée ? » aux Éditions Baudelaire. Roman noir foncé comme la couverture où rugit un chien à crocs découverts et une maman qui pousse poussette.

Le polar est campé : la jeune femme et son fléau.

Ça commence du côté de l’École Aqueduc quand Dorothée tue un mastiff enragé qui s’attaque à sa fille. Un fait divers puis  une médiatisation qui provoquent la bascule du récit dans les abysses gouvernées par un serial killer.

Un kidnapping. Un pervers attentionné. Une maison isolée du côté de Fontainebleau. Les flashs back de la solitude. L’ambivalence de la victime et l’ambivalence du tueur.

«Un scénario prétexte» confie Magdalena Boudy,  qui suit sa Dorothée et ses quiproquos en allant et venant dans les sable mouvants  des souvenirs.

L’essentiel est dans les détails.  Ça tombe bien : Magdalena Boudy qui est polonaise en possède  des caisses de détails. Le spectre d’un copain de lycée avec une hache sous le manteau. Ou encore le cortège des assassins en tous genres dont elle va suivre régulièrement les procès d’Assise au Palais de Justice par la ligne 7 . «On est un petit groupe, dit-elle,  surtout des femmes, qui a ses habitudes sur les bancs du fond…»

Elle connaît pas mal non plus  les Commissariats pour,  de temps à autre,  servir d’interprète franco-polonaise. Les fins observateurs reconnaitront d’ailleurs au détour des pages du roman  un des flics du quartier. En tous cas, c’est sûr,  le Commissariat Louis Blanc qu’elle décrit, elle le connait de fond en comble.

L’Institut Médico Légal du Quai de la Râpée également où elle a réussi,  un soir, à s’infiltrer en bénéficiant d’une complicité. Comme ça. Pour voir.

Il faut lire « Et vous Dorothée ? »  Pour cette discrète imprégnation du haut X°, de Paris que l’auteur ne cesse d’embrasser dans la vie de tous les jours, et aussi pour une écriture nette et sans flonflon où l’on trouve ici et là des traces de la génétique littéraire dont la native de Gdansk a le culte : Du Proust et du Céline, du Léo Mallet, du Modiano et du Kundera…  Ça aide.

GM