« Paris Piscines », l’appli attrape couillon (Guillaume Malaurie)

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Jean-louis Missika est l’Adjoint à tout ce qui est susceptible de faire Révolution à la Mairie de Paris.

Une énergique éminence qui de messe médiatique en colloque prône, parfois en anglo latin un peu boursouflé mais très fluent, sa « Cité de Dieu » à lui.

Entendez la « Smart Mairie » pour une « Smart City », c’est à dire câblée, numérique, « digital fort all now », « open data » et j’en passe des clics et des pas mûrs.

Certes, le Père abbé de la nomenclature digitale en arrive parfois, tout projeté qu’il est dans les aubes du futur, d’oublier de vérifier si certaines des applis de sa « Smart City » parisienne qui en jettent plein la vue sur Power Point aux élus des villes en voie de développement, sont tout bêtement… en état de marche.

Et, surtout, si tel n’est pas le cas, pourquoi personne ne s’en aperçoit jamais.

 

 

Exemple : l’application « Paris Piscines » disponible gratuitement sur l’AppStore (iOs) et sur Google play (Android), emblématique de la « Co-gouvernance avec la population » vantée par le Père Abbé.

Résumé de la fonction « upgradée » en 2013 : « Les informations publiées sur l’application sont mises à jour en temps réel. Les fermetures exceptionnelles peuvent être signalées par toute personne équipée d’un smartphone, ainsi les nouvelles fraîches se partagent facilement.

Grâce à un système d’alerte sur l’application, tous les Parisiens peuvent en effet signaler une fermeture temporaire d’une piscine et ainsi éviter aux autres nageurs de s’y rendre. »

 

Formidable sauf que voilà bien une dizaine de fois et à proximité de piscines différentes que j’essaie de prévenir mes camarades nageurs de 7 heures  du matin, qu’il y a grève subite ou manque de chlore ou pas de nouvelles des collègues ou incident de pompes… et que c’est fermé. Et que c’est mieux qu’ils restent à barboter sur leur matelas.

J’ouvre donc l’appli, je clique sur « Signaler fermée » et surgit alors invariablement le message d’erreur suivant : « Désolé, rapprochez vous de la piscine pour pouvoir donner des signalements à son sujet » .

Et là, mon « Empowerment » est soumis à rude épreuve.

L' »Empowerment » ? Ce gros mot très cher à la plume de Missika  est le le concept cœur de la doctrine.

En langue vulgaire, ça veut  dire que les grands ballots de citoyens que nous sommes doivent acquérir une maîtrise numérique convenable s’ils veulent prétendre à une reconnaissance de la Cité du Dieu Smart et à quelques bénéfices accessoires.

Donc, avec mon petit Empowerment riquiqui, j’essaie de comprendre le message sibyllin en mobilisant toutes mes pauvres connaissances digitales.

Pas facile.

Car enfin, que veut dire au juste en français numérique : « Désolé, rapprochez vous de la piscine pour pouvoir donner des signalements à son sujet ».

Hypothèse n° 1 : faut-il être impérativement sur le bord ou sur le plongeoir  de la piscine fermée pour pouvoir valider son alerte de fermeture ? Réponse : Non.  J’ai essayé devant la porte de la piscine quand elle était cadenassée. J’ai essayé aussi dans les vestiaires, sous la douche ou les pieds dans le petit bain, lorsqu’elle est ouverte. Ça marche jamais. Il faut toujours que je me « rapproche » un peu plus…

Hypothèse n° 2 : Faut-il que je parle physiquement avec le personnel de la piscine pour lui dire ce qu’il vient de me dire, c’est à dire que la piscine n’ouvrira pas ? C’est sûrement convivial mais tout de même  un peu répétitif. Mais qui sait ?

Hypothèse n° 3 : Faut-il comprendre qu’il s’agit d’une appli Potemkine ? C’est  à dire un truc bidon pour faire joli dans Itunes, sur les pages d’accueil de la Mairie de Paris ou dans un exposé municipal. Je n’ose pas y croire. Je ne peux pas y croire. Je n’imagine pas que le Révérend Père Missika se soit fait berner par des margoulins de la pacotille du software.

Hypothèse n° 4 : Eurêka ! c’est un Bug ! Si la Cité du Dieu Smart est parfaite, l’homme technologique de chair et de sang,  c’est bien connu, ne l’est jamais  tout à fait. D’accord. Nous voilà rassurés.

Enfin pas tout à fait car reste la seule question qui vaille : pourquoi personne ne s’aperçoit jamais du Bug et pourquoi, si il s’en aperçoit,  il s’en fout comme de l’an quarante et ne prévient personne ?

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Deux hypothèses possibles:

A. La statistique des piscines fermées reste bloquée à zéro et arrange les affaires de l’Adjoint au Sport Jean François Martins dont les lecteurs de ce Blog savent à quel point nous le tenons en haute estime.

B. Personne n’utilise jamais cette appli depuis un bail. Et quiconque s’est pris le message d’erreur à 7 heures du matin dans ses yeux un peu brouillés a renoncé à tout jamais à tout exercice altruiste deux points zéro.

 

Nous suggérons donc le thème de colloque suivant au R.P Missika : « Bug d’appli en « Smart City », « intermédiation » et « arc de l’innovation ».

Heu, si on peut réserver ses places avec des tickets « Print »,  ça serait pas de refus.

Et puis, oups, j’oubliais : si le RP Missika pouvait trouver parmi  ses nombreuses relations une start’up  en mécanique pour réparer l’horloge de la piscine Château Landon. Celle qui donne l’heure. La même qui tombe toujours en panne depuis des années et dont « Tous les X° » assure régulièrement la chronique.  Ce serait vraiment  smarty.

 

Guillaume Malaurie