Grange aux belles : un quartier de non-droit ? (Annick Vignes)

Le quartier Grange aux Belles est une zone résidentielle et piétonne du 10ème, situé entre le canal St Martin et la place du colonel Fabien. On y trouve des immeubles semi-récents de jolie facture, un collège, une école, une crèche et un square de jeux pour enfants, un centre d’animation, un terrain de sport et une mini-piscine dans laquelle beaucoup d’enfants du 10ème ont appris à nager.

11746205.jpg

Sont installés là aussi, des cabinets dentaires, médicaux, une clinique vétérinaire…

L’ensemble est verdoyant, planté d’arbres, de haies et de plates-bandes fleuries.

Depuis quelques mois, à la lisière du quartier se sont ouverts un grand café convivial (le Fabien) et une auberge de jeunesse (le Generator) qui contribuent à dynamiser la vie du voisinage.

Capture d’écran 2016-06-16 à 06.02.38.png

Malheureusement, ce quartier est aussi la proie de nombreuses nuisances. Des individus, jeunes et moins jeunes, confondent zone piétonne et terrain de rodéo : ainsi, cet espace sécurisé est devenu un endroit extrêmement dangereux pour circuler, voitures, scooters et motos le traversant à très grande allure et empruntant des passages étroits, dans lesquels il est difficile de se mettre à l’abri.

Il n’est pas rare de voir tourner pendant des heures des scooters sur lesquels s’entassent trois ou quatre jeunes adolescents, sans casque, cela va sans dire. Des véhicules (scooters, voitures, camionnettes…) stationnent constamment sur la place, au mépris de toute interdiction.

A l’arrière des immeubles de la place Robert Desnos, à l’entrée du passage Francis Jammes, s’est installé un trafic de drogue, à la vue de tous les passants et habitants des résidences.

e2882c3857b1920.27357.400x400.jpg

Toute la nuit, des véhicules arrivent très vite, freinent in extremis devant les dealers, et descendent faire leurs emplettes à grand bruit. Les habitants les plus proches accumulent les nuits sans sommeil.

Des bagarres éclatent régulièrement : il n’est pas rare ainsi de voir des bandes de jeunes s’affronter sur la place Robert Desnos, à coups de tessons de bouteille et de barres en fer.

Les résidents du Générator, pour la plupart de jeunes touristes étrangers sont des proies faciles : on en rencontre souvent, en larmes ou affolé, car venant de se faire bousculer, voler téléphone portable et autres effets personnels.

Capture d’écran 2016-06-16 à 06.09.02.png88671864.jpg

Les habitants, mais aussi tous ceux qui fréquentent les services du quartier (rappelons-le, nous trouvons là une crèche, une école, des cabinets médicaux et dentaires, un centre d’animation, des commerces…) sont épuisés par cette situation, effrayés par la montée de la violence qu’ils ressentent et se sentent complètement abandonnés par les pouvoirs publics.

A chaque fois qu’un résident appelle le commissariat pour signaler des nuisances, il tombe au pire sur une ligne qui ne répond pas, au mieux sur un interlocuteur exaspéré qui lui fait remarquer « qu’il est au courant de ce qui se passe mais qu’il n’a pas les moyens d’intervenir » ou que « ce quartier n’est pas une priorité ».

En effet, le commissariat n’a que deux voitures disponibles la nuit, pour couvrir un vaste territoire comportant de nombreuses zones sensibles.

La mairie, régulièrement interpellée, fait la sourde oreille ; les réponses oscillent entre déni et mépris. La seule élue qui a proposé une réunion de concertation avec les habitants du quartier est Déborah Pawlik.

Les habitants ont maintenant décidé de ne plus accepter l’inacceptable. Une pétition circule, qui rencontre un grand succès. Un vœu sera déposé lors du prochain conseil d’arrondissement. Le préfet et le commissaire du 10ème, la maire de Paris vont être saisis du dossier. Une plainte auprès du Procureur de la République doit être déposée dans les jours qui viennent. D’autres actions seront envisagées si la situation ne change pas rapidement.

 

Annick Vignes